GUSTAVE DRON (1856-1930)

Député-maire de Tourcoing, sénateur du Nord

Derniers bonheur, parties de cartes - Carte postale début 20e - Collection privée Acheré - Dépôt Lille 3 IRHIS
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Troisième partie - Chapitre 9 - Paragraphe 2/15

Victoire de la Solidarité Républicaine

À l’approche des municipales, la rupture entre radicaux dronistes et antidronistes se matérialise : deux camps se font face : celui des dissidents de la vieille Solidarité qui se regroupent derrière FRANÇOIS LEDUC, tels ABEL LEVEUGLE, DÉSIRÉ VANDAMME, VICTOR TAREL et celui de ceux qui demeurent fidèles au parti et à DRON. Parmi eux nous comptons beaucoup de ses amis personnels : URBAIN ROBBE, JULES BRASSART, ARTHUR NYS, EDMON SALEMBIEN, ALEXIS PARSY, DÉSIRÉ PARSY fils, HENRI QUIVRON, PIERRE DEBORGHER.

Cette division des radicaux devrait pouvoir favoriser les partis de gauche s’ils n’étaient aux-mêmes divisés. Depuis la scission du Congrès de Tour en 1921, la gauche française est déchirée entre socialistes SFIO et communistes ralliés à la IIIème Internationale. Ces derniers ont largement percé en cinq ans à Tourcoing et dans ses faubourgs, détournant vers eux bon nombre de voix ouvrières.

Pour ces municipales, le secrétaire de la Fédération du Nord du Parti Communiste, MAURICE THOREZ, présente une liste de noms déjà connus par la population tourquennoise dont ARTHUR PIERPONT, ancien conseiller d’arrondissement, CONSTANT FLAMENT, secrétaire de la Coopérative “Solidarité Ouvrière”, ÉDOUARD TIEVERS, secrétaire du Syndicat des Tapisseurs. ALBERT INGHELS, qui avait été le seul socialiste SFIO de Tourcoing à ne pas rallier l’Internationale communiste, propose sur sa liste les noms de HENRI ROBERT, ALEXANDRE VANDERMARLIÈRE, ERNEST DELOBELLE, ÉMILE LAGACHE, LOUIS PARIS, entre autres militants et syndicalistes.

Au soir du premier tour, le 3 mai 1925, les résultats sont significatifs de l’électorat tourquennois. Le retour de DRON arrache aux partis de gauche deux, voire trois bons milliers de voix. Si la droite, ici englobée dans le centre (républicains de gauche, radicaux fédérés ou dissidents), est première en nombre de suffrages, elle apparaît bien faible face à la coalition des gauches (7.500 voix contre 12.599) :

Municipales 1925, premier tour :
LEDUCDRONINGHELSTHOREZ
Suffrages :7500510147742724

Pour le second tour, les radicaux-socialistes et socialistes s’entendent pour former une liste commune, “Union des Gauches”, soutenue par les communistes mais qui refusent d’y entrer. Réplique à l’échelle communale des stratégies du Cartel, avec cette particularité essentielle ici que le succès redevable à la personnalité de DRON ne traduit pas l’irréversible perte de vitalité et le lent glissement à droite du radicalisme à l’échelle nationale.

Au second tour, le 10 mai, la liste de LEDUC est battue avec 8.365 voix, alors que les candidats de L’Union des Gauches tournent aux alentours de 11.000 voix. Exactement 10.571 pour GUSTAVE DRON, devancé par ses lieutenants ALEXIS PARSY, 11.095 et JULES BRASSART, 11.059, talonné par ses frères ennemis, ALBERT INGHELS et ALEXANDRE VANDERMARLIÈRE, 10.623 suffrages.

Le dimanche suivant, le vieux sénateur retrouve “sa” mairie et “son” écharpe tricolore, après cinq années d’absence mais non d’inaction, et choisit pour adjoints les quatre ci-dessus. Le Conseil Municipal se partage pour la première fois entre vingt radicaux et seize socialistes. Dans l’allocution d’installation, il reconnaît le bon état des finances municipales mais tout en avançant que les projets lancés par l’ancienne équipe vont nécessiter des demandes de crédits :

« Nous prenons acte de l’affirmation de nos prédécesseurs qu’ils laissent une situation financière brillante et inattaquable (...) Nous craignons toutefois de rencontrer des difficultés résultant d’imprudentes avances consenties pour des travaux dont le coût a dépassé toute mesure, en sorte que, (...) nous ne pouvons même pas faire face à des dépenses de première nécessité. (...) Citoyens de Tourcoing, nous vous demandons de nous faire crédit -un crédit à court terme- et une confiance que justifie le passé de celui qui vous parle au nom de l’assemblée communale.  ».

Il se couvre vis-à-vis des électeurs qui l’ont élu en raison de la politique de rigueur que LEDUC avait tentée à l’égard de l’administration des Hospices : s’il est vrai que ce dernier y ait été acculé sans enthousiasme, il se pourrait que DRON lui-même ne puisse faire autrement. Mais si difficultés pécuniaires il y a, il estime bien que ses promesses peuvent être prises comme argent comptant, au vu de sa réputation, de son expérience et des ses efforts véritables.

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Dans ce chapitre :


gustave DRON

Mémoire de Maîtrise en histoire contemporaine politique
de l’Université de Lille 3.
Octobre 1988

auteur

Bruno SIMON

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