GUSTAVE DRON (1856-1930)

Député-maire de Tourcoing, sénateur du Nord

Derniers bonheur, parties de cartes - Carte postale début 20e - Collection privée Acheré - Dépôt Lille 3 IRHIS
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Troisième partie - Chapitre 9 - Paragraphe 9/15

La dernière victoire électorale

S’il est admis que les électeurs ne se comportent pas aux élections législatives comme aux élections locales, il peut être malgré tout révélateur d’énumérer les chiffres des dernières législatives partiele de 1926 et générales de 1928. Elles sont parfaitement significatives de la considérable perte d’audience du radicalisme, dont les beaux jours sont désormais un souvenir de la “Belle Époque” du début du siècle.

Élections partielles du 12 décembre 1926 :

NordTourcoing
Droite et Centre193.0008.100
Socialistes141.0006.200
Communistes60.0003.000
Radicaux30.5001.450

Second tout des législatives du 29 avril 1928 :

NordTourcoing
Droite et Centre37%48%
Socialistes27%23%
Communistes16%14%
Radicaux8%15%

Ces quelques chiffres témoignent de l’effritement du radicalisme, débordé sur sa gauche par les socialistes, eux-mêmes commençant à se débattre avec difficulté contre les communistes. Si les résultats des municipales du printemps 1929 devaient se calquer sur ceux-ci, les chances de GUSTAVE DRON de garder son siège pour un nouveau mandat seraient nulles. Pourtant celui-ci, portant l’étiquette d’un parti en pleine décomposition, humilié par la faillite du Cartel, en fera triompher la cause une dernière fois à Tourcoing, avant de disparaître.

Pour se prémunir contre le groupement des partis de gauche, les radicaux dissidents, antidronistes qui forment la liste “Alliance Démocratique”, proposent aux conservateurs de Tourcoing qui se présentent sous la coalition “Entente Républicaine”, ainsi qu’aux modérés du nouveau “Parti Démocrate Populaire” et même à la “Solidarité”, une alliance au second tour.

L’Entente Républicaine, menée par JACQUES MASUREL et ALPHONSE MOTTE accepte la proposition, tout comme les “démocrates populaires” comprenant entre autres CLÉMENT VANHOUTTE, ARTHUR THIRY. Seule la liste de DRON refuse cet engagement à droite, comme nous pouvions nous en douter, et se présente seule face à cette “Union Républicaine” des trois listes de centre et de droite et face aux listes socialiste (INGHELS) et communiste (THOREZ). Parmi les noms de la “Solidarité”, nous retrouvons les fidèles de 1925.

Le premier tour du 5 mai est sans surprise. L’Entente recueille pour LEDUC, tête de liste, 7.588 voix, suivie par la Soildarité, avec 6.279 voix pour DRON. Loin derrière sont les socialistes et les communistes, avec INGHELS 3.843 voix et THOREZ 2.976. L’extrême popularité de DRON lui attire de nombreuses voix qui se porteraient en masse à gauche s’il n’était pas là. Les rédacteurs du “Journal de Roubaix” ont décidément bien raison d’écrire :

« Un maire socialiste à Tourcoing ? Quelle honte pour notre ville, qui jusqu’à présent, pouvait être considérée par ses magnifiques initiatives comme une ville lumière (...) il a dépendu de M. DRON d’écarter définitivement et sûrement tout péril révolutionnaire (...) » [1].

Pour le second tour, l’”Entente” propose son alliance à la “Solidarité”, en faisant à DRON l’immense concession d’accepter certains socialistes qu’il lui plaira de choisir. Mais il refuse et fait cause commune avec INGHELS, peut-être par préférence sentimentale pour la gauche, peut-être par tactique politique : avec le report des voix socialistes, il est certain de l’emporter, mais celles-ci ayant accusé un net fléchissement, les hommes d’INGHELS ne pourront plus être en proportion aussi élevée au Conseil Municipal. Les communistes se représentent encore seuls. DRON est réélu maire à l’issue du second tour, le 12 mai, comme il l’avait prévu :

DRON - INGHELS9.968
LEDUC - MASUREL - VANHOUTTE7.988
THIREZ2.275

Et comme il l’avait également prévu, les socialistes ne sont plus que douze, face à vingt-quatre radicaux. Les mêmes adjoints sont nommés, mais on décide de leur donner plus de liberté et de poids afin d’éviter les heurts des quatre années précédentes. De plus, on s’empresse immédiatement de bien distribuer les différents rôles. DRON conserve outre la direction générale, les Hospices et les Bains. BRASSART reçoit l’État-Civil, les Affaires Militaires, les Sapeurs-Pompiers et la Voirie, SALEMBIEN reçoit les Finances, la Condition Publique et le Théâtre. INGHELS est doté des Eaux et Électricité, VANDERMARLIÈRE reste aux Abattoirs, Marchés, Squares, Jardins et Cimetières.

Cette volonté de collaboration plus souple et plus équilibrée porte ses fruits. Nous savons que GUSTAVE DRON vit ses quinze dernier mois. Jusqu’au jour de son brutal décès, le Conseil Municipal ne connut plus ces pénibles querelles entre radicaux et socialistes qui ne pouvaient apporter rien de bon à la cité.


[1In “Le Journal de Roubaix”, 1er mai 1930.

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Dans ce chapitre :


gustave DRON

Mémoire de Maîtrise en histoire contemporaine politique
de l’Université de Lille 3.
Octobre 1988

auteur

Bruno SIMON

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