GUSTAVE DRON (1856-1930)

Député-maire de Tourcoing, sénateur du Nord

Derniers bonheur, parties de cartes - Carte postale début 20e - Collection privée Acheré - Dépôt Lille 3 IRHIS

Troisième partie - Chapitre 9 - Paragraphe 13/15

Des funérailles grandioses

Les funérailles sont prises en charge par la ville et c’est un cérémonial magistral qui se prépare pour le jeudi 21 août 1930. Aucun de ceux qui lui devait tant n’était oublié ; les délégations de plus de quarante sociétés, les Pompiers, les Douaniers, les Mutilés de la Grande Guerre, les Médaillés Militaires, l’Harmonie de la Croix-Rouge, l’Orphéon Tourquennois, le Tir National, les Brassards Rouges, les Médaillés du Travail, la Prévoyance, les Mutuelles Masurel, du Blanc-Seau, Saint-Louis, les Anciens Combattants, les harmonies de quartier et bien d’autres ont leurs emplacements bien délimités. Il en est de même pour les membres du Tribunal de Commerce, de la Chambre de Commerce, des Conseils de Prud’hommes, du Personnel Municipal, de l’Enseignement, les Délégués Cantonaux, les Administrateurs de l’Hospice, de l’Hôpital, les Comités des Dames Charitables, du Dispensaire d’Hygiène Sociale, de l’Union Post-Scolaire, des Amicales Laïques. Et bien d’autres, maires, juges de paix, conseillers généraux, membres du Corps Consulaire...

Pour tenir les huit cordons du poêle, outre le préfet du Nord ROGER LANGERON, ce sont ses plus vieux amis et collaborateur qui sont choisis : JULES BRASSART et URBAIN ROBBE, adjoints et conseillers municipaux, JULES PARSY président de la Solidarité, DÉSIRÉ PARSY, administrateur du Bureau de Bienfaisance, AUGUSTE POTIÉ, sénateur du Nord, EDMOND LABBE, directeur général de l’Enseignement Technique et ami intime, sans oublier LOUIS THAUNE, consul général de Belgique.
Les habitants sont invités « à mettre leur drapeau en berne à leur habitation » par un communiqué municipal du 18 août, et sont remerciés d’avance les industriels et employeurs qui « voudront bien donner toutes les facilités à leur personnel pour lui permettre d’assister aux obsèques ». Le directeur de l’usine à gaz reçoit de la municipalité, le 19, cette lettre :

« L’Administration Municipale ayant décidé de donner un caractère officiel aux funérailles de Monsieur DRON, Sénateur Maire de Tourcoing, je vous serai reconnaissant de vouloir bien faire procéder à l’allumage des réverbères sur le parcours du cortège funèbre. La levée du corps a lieu à l’Hôtel de Ville. Le cortège se rendra au cimetière par les rues de la Paix, de L’Industrie, Verte, Condorcet, Boulevard de l’Égalité et quittera la place Victor Hassebroucq à midi [1] ».

Ainsi, cette grise et pluvieuse journée du mois d’août sera éclairée par les réverbères de l’usine à gaz, dont nous nous souvenons qu’il avait jadis réprimé une grève avec rudesse...

Et sur le parcours, 40.000 personnes, la moitié du la population de la ville, marchent silencieusement derrière le char funèbre, sous la pluie. Au cimetière, aux alentours de treize heures, les nombreux discours de personnalités rendent le dernier hommage à celui qui fut le plus grand maire de Tourcoing, au service des humbles et des oeuvres sociales.

La presse fut unanime, dans les quelques jours qui suivirent la mort de DRON, à reconnaître les qualités et la grandeur du disparu, aussi de l’émotion qui trouble la ville. Seules quelques timides critiques s’immiscent dans les lignes du “Journal de Roubaix” du 18 août :

« (...) La grande erreur de M. DRON aura été de ne pas envisager nettement, froidement, le péril grave que constitue pour notre pays le socialisme marxiste ou plutôt de croire que lui-même serait toujours assez puissant pour se servir des révolutionnaires, (...) sans être un jour débordé par eux (...)
DRON se laissait aveugler par le dogme jacobin suranné, (...)
En familiarisant le peuple avec les hommes et les idées du collectivisme, en le laissant s’engager dans la voie de la lutte des classes, (...) DRON exposait à un dénouement fatal son oeuvre municipale (...) ».

et aussi dans “L’Ami du Peuple” du 23 août :

« Mais ce diable d’homme, si intelligent, si actif, si probe, avait les défauts de ses qualités. Il était violent et n’admettait aucune contradiction ».


[1Arch. Mun. de Tourcoing, dos. JIB 513 des funérailles. Les rues de la Paix et Verte sont aujourd’hui les rues Briand et Hentges, respectivement.

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Dans ce chapitre :


gustave DRON

Mémoire de Maîtrise en histoire contemporaine politique
de l’Université de Lille 3.
Octobre 1988

auteur

Bruno SIMON

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