GUSTAVE DRON (1856-1930)

Député-maire de Tourcoing, sénateur du Nord

Derniers bonheur, parties de cartes - Carte postale début 20e - Collection privée Acheré - Dépôt Lille 3 IRHIS

Troisième partie - Chapitre 9 - Paragraphe 1/15

Le retour de “l’ancien”

La campagne électorale qui débute en avril 1925 est envenimée par la querelle des deux hommes dorénavant irréconciliables. DRON avait tracé lors de son départ de la mairie en 1919 la voie qu’il voulait voir suivre par son favori, le docteur FRANÇOIS LEDUC. Estimant, à tort ou à raison, qu’il s’est écarté de cette voie, et que de plus il s’est permis à plusieurs reprises « d’injurier celui à qui il doit tout, y compris les cinq années de griserie qu’il a passé à la mairie », DRON, que l’on sent blessé dans son amour propre, s’en prend à son adversaire sans ménagement :

« (...) je l’accuse d’avoir retardé la construction de la maison de retraite en refusant pendant treize mois la signature sanctionnant la délibération du Conseil Municipal qui nous cédait le terrain (...) 
Je l’accuse encore d’avoir essayé de nous acculer à la fermeture de l’École des Mutilés de Guerre (...) 
Je l’accuse enfin (...) d’avoir privé les enfants des écoles communales de Tourcoing des bienfaits notoires du Dispensaire d’Hygiène Sociale (...) [1] »

Ces accusations sont fondées, mais encore faut-il s’interroger au delà de leur simple énumération. Si LEDUC a effectivement empêché la construction de la maison de retraite de la rue Soufflot, celle de l’École des Mutilés de Guerre et entravé l’action du Dispensaire, ne pouvait-il pas avoir d’autre raison que celle de vouloir porter des coups à son encombrant “maître” ? Sans doute craignait-il plus de sombrer sous les dépenses que ces oeuvres réclamaient que de s’opposer à DRON. Certainement était-il plus préoccupé par les caisses de la ville que par l’envie de s’affirmer, malgré sa jeunesse, face à l’homme d’expérience. Et ce dernier qui n’avait jamais craint d’engager la cité dans des crédits, ne voulut-il pas voir dans cette différence de politique une attaque personnelle, une atteinte à l’oeuvre d’une vie ? L’amertume et la susceptibilité, rendues plus aigües par la vieillesse, la volonté de gouverner sans partage ni résistance, n’étaient-elles pas mauvaises conseillères ?

Les passions obscurcissent le jugement. Mais DRON n’est pas le seul à pêcher. Les hommes des deux camps passionnent le débat. Ainsi son ami HENRI LORIDANT, président de la Solidarité Républicaine, n’hésite-t-il pas, dans un tract affiché symboliquement le 1er mai, à dénoncer « l’homme sans conscience et sans coeur », cet « homme triste » dont il faut « débarrasser l’Hôtel de Ville ». Il veut rallier les contemporains de DRON, tout comme les jeunes, derrière non une ligne politique mais un homme populaire :

« Ceux qui sont fiers d’avoir lutté avec lui durant les quarante dernières années vont voter avec enthousiasme pour sa liste. Vous autres, les jeunes, allez-vous tourner le dos à vos ainés, à vos pères ? Il ne s’agit pas de marquer une préférence pour telle ou telle nuance des partis, il s’agit de réapproprier la maison commune, d’en refaire la maison du peuple ».

En face, on ne tarit pas non plus d’”éloges” comme en témoignent les mots d’une affiche satyrique qui passe en revue toutes les « exactions » de DRON lors de ces « 40 années de service » :

« Réponse d’un jeune aux réflexions de GUSTAVE DRON dit l’Ancien :

(...) je n’ai pu retenir une larme à l’évocation de tes 40 années de services. En somme, en 1919, tu étais BON POUR LA RETRAITE, comme tu l’as si bien dit pour FOUQUET-LELONG ; et puis, entre nous, si tu ne t’es pas représenté, c’est que TU CRAIGNAIS LA VESTE ; ta mollesse vis-à-vis des Boches, l’affaire des cuivres, des matelas (...) tu prétends que la municipalité LEDUC a dépensé beaucoup d’argent. Mais, entre nous, vieux frère, tu sais bien qu’en installant tes copains à la mairie, tu leur avais laissé près d’un million à payer pour les propriétés que tu avais achetées. Ils ont eu à débourser chaque année 1.500.000 francs pour AMORTISSEMENTS DE TES EMPRUNTS (...)

Tu dis : ils ont vendu les terrains de la ville pour deux fois rien. Si c’est vrai, c’est dégoûtant ! Mais on m’a affirmé que les prix doux avaient été réservés, sur ta demande, aux Hospices pour leur permettre de construire la maison de retraite... (...)
Tu t’en fais pas, toi pour la crise du logement : t’as une maison à Tourcoing, un petit château à Marcoing et un appartement à Paris. (...) »
.

Passent ensuite successivement en revue le plan d’aménagement de Tourcoing, l’usine d’électricité, l’usine à gaz, le service des eaux, l’instruction publique, les assurances sociales, et les habitations à bon marché, soit tout l’éventail de ses derniers travaux, férocement critiqués. Et pour conclure :

« Veux-tu que je te dise ce que pensent les jeunes de ton attitude ? Ils pensent que tu fais tout ce qu’il faut pour perdre les dernières sympathies qui te restaient. Pour satisfaire ton orgueil, pour assouvir tes rancunes personnelles, tu ne crains pas de semer la division parmi les républicains. Tu as passé ta vie à combattre les socialistes et tu prépares dans l’ombre l’alliance avec les internationalistes, au moment ou l’Allemagne est plus arrogante que jamais ! (...)

Un Jeune.

Vu : un des candidats : Dr. F. LEDUC ».

Ces élections furent certainement parmi les plus dures que DRON ait eu à mener à bien, même si son prestige est loin d’être flétri comme le voudraient les rédacteurs de cette affiche. Malgré ses défauts et ses échecs, il est difficile de trouver de solides critiques à lui opposer. Mais les dernières années de sa vie ne sont guère marquées par un apaisement des attaques que lui destinent ses adversaires, bien au contraire. Remarquons cependant qu’il ressort plus souvent acquitté que condamné par le verdict populaire que rendent les élections.


[1Extraits d’une affiche électorale datée du 30 avril 1925 et signée GUSTAVE DRON.

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Dans ce chapitre :


gustave DRON

Mémoire de Maîtrise en histoire contemporaine politique
de l’Université de Lille 3.
Octobre 1988

auteur

Bruno SIMON

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