GUSTAVE DRON (1856-1930)

Député-maire de Tourcoing, sénateur du Nord

La nouvelle gare de Tourcoing en construction - E.C. - Médiathèque municipale de Tourcoing
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Première partie - Chapitre 1 - Paragraphe 6/10

Du Conseil municipal au Conseil Général

Le 4 Mai 1884 marque l’entrée de DRON dans Ia vie politique tourquennoise. Il entre au Conseil municipal après une nouvelle victoire des Républicains menés par HASSEBROUCQ aux élections municipales. Ils tiennent la mairie et ne la lâcheront plus jamais, même si la présence de 1885 à 1888 d’une minorité monarchiste [1]au Conseil municipal témoigne de la résistance de l’opposition conservatrice et religieuse. Cette résistance est personnalisée par AUGUSTE BIGO, catholique de combat qui pousse l’ardeur dans la contestation jusqu’aux limites du tolérable.

L’une des premières interventions significatives de DRON, même si elle n’est que d’une portée mineure, a lieu en mai 1885, lors du décès de VICTOR HUGO. En effet, le 22 mai 1885, mourait celui qui est désormais considéré comme l’un des plus grands auteurs français. Son décès fut l’occasion pour l’intégriste EUGÈNE VEUILLOT de rédiger un article dans « L’indicateur » contre le poète. On pouvait y lire que sa mort n’était qu’un « mince événement ».

Mais lors du conseil du 29 mai, GUSTAVE DRON, LOUIS LELOIR et AUTHIME DESMETTRE proposent d’envoyer une délégation de trois membres [2] aux funérailles civiles de l’écrivain, le 1er juin. La proposition de DRON et des ses collègues est mise au vote et l’emporte à raison de 19 voix contre 8. VICTOR HASSEBROUCQ lui-même était opposé à cette délégation, soucieux de ménager l’opposition des catholiques intransigeants. Le moindre sujet de controverse était en effet propre à entamer entre les républicains et les conservateurs de longues querelles !

DRON, installé à Tourcoing depuis cinq ans seulement, est déjà connu pour son bon coeur sa générosité et son radicalisme. Il gagne rapidement l’affection et la confiance de ceux qu’il rencontre.

En outre, la compassion qu’il éprouve pour les déshérités -sa clientèle était aussi et surtout ouvrière- le font choisir par les conseillers pour la Commission Administrative des Hospices.

Il se trouve dans son élément, là où ses idées démocratiques et avancées sur le plan social vont trouver un terrain d’essai pour une vie de labeur. Mais le personnage a en outre de l’envergure, et en 1886 il prend la tête du Parti Républicain, la « Solidarité Républicaine, Laïque et Sociale », à la suite de son beau-père, désireux de doubler son action sociale d’une action politique.

C’est 1e 3 avril 1887 qu’il occupera son premier poste clef, après son élection au Conseil Général. En effet, FIDÈLE LEHOUCQ se démet de son mandat pour raison de santé [3]. Ce dernier avait gardé son poste aux élections générales de 1883 et 1886, bénéficiant de la confiance populaire. De plus, à celles de 1886, un autre républicain entrait au Conseil d’Arrondissement du Canton Sud, seconde victoire républicaine. Lorsque LEHOUCQ se retire, DRON se présente contre le libéral FRANCOIS MASUREL-POLET père, et l’emporte.

Pourtant ce dernier avait l’appui des deux grands quotidiens locaux de tendance républicaine modérée :

« L ’ ÉCHO DU NORD » qui présente MASUREL-POLET comme « franchement républicain, ce qui n’interdit pas que l’on respectât l’ordre et la religion »

« LE JOURNAL DE ROUBAIX » qui recommande l’industriel pour « sa longue carrière commerciale et sa connaissance des intérêts du canton ».

Cela ne suffira pas et nous pouvons estimer par là la popularité déjà certaine de DRON et la confiance naissante des milieux ouvriers urbains envers le radicalisme.
En effet, les électeurs de Tourcoing, par 2521 voix contre les 1898 de ceux de Bondues, Mouvaux et Marcq-en-Baroeul, ont choisi le jeune radical de trente et un an. C’est sa première victoire électorale. A l’Hôtel de Ville, on chante la « Marseillaise ».

L’année suivante, ce sont les municipales. L’équipe sortante peut présenter à la population un bilan positif, tant au niveau de l’urbanisation que des mesures d’ordre économique et social. Tourcoing compte maintenant plus de 55.000 habitants, et si son expansion est moins rapide que celle de sa soeur jumelle Roubaix, elle n’en est pas moins remarquable.

L’opposition conservatrice sait qu’elle devra peser de tout son poids pour remporter les élections. Nous retrouvons ici AUGUSTE BIGO comme porte-parole de la liste « Indépendante et Commerciale » qui dénonce le gaspillage des deniers publics par le programme de grands travaux nécessitant l’emprunt de millions de francs.

Parmi les noms de cette liste figurent ceux des familles bourgeoises locales, LAHOUSSE, DUVILLIER-MOTTE, FLIPO, LEURENT. La liste républicaine est réélue dès le premier tour, le 6 mai 1888, et VICTOR HASSEBROUCQ garde la mairie. GUSTAVE DRON rassemble 3840 voix sur son nom, presque autant que le vieux FIDÈLE LEHOUCQ qui en reçoit 4300 environ.


[1Entrée au Conseil municipal suite à des élections partielles.

[2La délégation fut composée de LOUIS GRAU, ERNEST DARRAS et AUTHIME DESMETTRE, qui durent cependant supporter personnellement leurs frais de déplacement.

[3FIDÈLE LEHOUCQ avait été élu au Conseil Général du Canton Sud le 22 octobre 1882, suite au décès du conservateur DESURMONT, consacrant ainsi la première victoire des républicains aux cantonales grâce aux 2361 électeurs tourquennois (contre 1207) qui lui ont donné leurs voix.

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Dans ce chapitre :


gustave DRON

Mémoire de Maîtrise en histoire contemporaine politique
de l’Université de Lille 3.
Octobre 1988

auteur

Bruno SIMON

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