GUSTAVE DRON (1856-1930)

Député-maire de Tourcoing, sénateur du Nord

La nouvelle gare de Tourcoing en construction - E.C. - Médiathèque municipale de Tourcoing
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Première partie - Chapitre 1 - Paragraphe 10/10

L’échec de 1898 et la “défense républicaine”

La pression socialiste se fait encore plus forte aux élections des 8 et 22 mai 1898. Les socialistes proposent comme candidat un professeur de Douai, GEORGES DEVRAIGNE, tandis que la droite constituée de républicains tièdes - on dit alors les “progressistes” ou “républicains de gouvernement” - choisit ALBERT MASUREL, cousin de FRANÇOIS, industriel à Linselles. Bien plus modéré que BARROIS, il est persuadé que les catholiques qui s’étaient détournés de ce dernier pour son intransigeance, lui donneront leurs voix.

La presse entame la campagne avec toute la passion d’alors qu’on lui connaît, dessinant les personnages adverses sous les traits les plus noirs. Personne ne ménage les critiques, bien souvent exagérées, voire déplacées.

DRON fait distribuer des calendriers de la “Solidarité Républicaine” avec son portrait, et dénonce « les privilégiés, les repus, les satisfaits qui ne comprennent l’apaisement social qu’au prix du sacrifice du droit et de la liberté de conscience des travailleurs ».

De son coté, MASUREL envoie aux électeurs influents un millier de cartes de voeux et présente DRON comme le fourrier de l’étranger et de la révolution :

« Voter pour DRON, c’est voter pour ZOLA ! Voter pour DRON, c’est voter pour le drapeau rouge ! ».

A l’issue du premier tour, c’est le ballotage favorable à Albert MASUREL :

Voix :
Albert MASUREL 9421
Gustave DRON 6924
Georges DEVRAIGNE 3890

Au second tour, comme pouvaient le craindre les républicains radicaux, MASUREL obtient une infime avance de quelques deux cents voix :

Voix :
Albert MASUREL 10.275
Gustave DRON 10.030

Le désistement implicite du socialiste ne suffit plus cette fois à battre le progressiste. La victoire du “parti de l’ordre” est célébrée dans la presse conservatrice et modérée : « (...) le drapeau tricolore flotte à bien des fenêtres » [1].

Mais DRON ne s’en tient pas là ; il fait appel à ses amis pour invalider son adversaire. Tactique prisée par les radicaux et caractéristique de leur façon d’opérer. Ils ont en effet une large tendance à user de leurs relations personnelles et professionnelles pour obtenir divers avantages. Ici, nous voyons DRON faire usage de son « réseau d’allégeances politiques forgées par de multiples services rendus » [2].

Ainsi, un rapport de préfecture daté du 7 novembre 1898 invalide MASUREL, malgré le soutient de JULES MELINE [3]. alors Président du Conseil. Notons bien que cet événement se situe juste avant la période de la “Défense Républicaine” (1899-1905) où la France a été gouvernée par une majorité solide et durable de radicaux flanqués sur leur gauche de socialistes et sur leur droite de libéraux. Il n’est pas à écarter que la Chambre, qui allait faire tomber le gouvernement MÉLINE et qui avait le pouvoir de valider ou d’invalider ses membres, ait préféré un DRON radical à un MASUREL catholique. Réglant ainsi leurs comptes avec les catholiques rétifs au ralliement à la République, décidé par la pape Léon XIII.

A Tourcoing, 1es élections sont prévues pour 1e 25 Décembre, Le parti ouvrier ne présente pas de candidat, ayant eu la satisfaction aux premier tour de compter ses voix. Ses têtes pensantes, DELPHIN DUMORTIER, EMILE DEBLAERE, préfèrent organiser une assemblée générale du parti onze jour plus tôt, 1e 14 décembre, pour y fustiger leurs adversaires, républicains comme conservateurs. Gustave DRON y est visé personnellement :

« A l’heure où les partis bourgeois (...) transforment les luttes politiques en vaines et stériles querelles de personnes, à l’heure où nos adversaires, modérés et cléricaux, oublient complètement ceux qui peinent et qui souffrent, il appartient aux socialistes de rappeler au suffrage universel sa véritable mission (...) défendre en toutes circonstances les réformes démocratiques (...) Vive la République Sociale ! ».

Cette fois, DRON reprend son siège avec I.477 suffrages d’avance sur MASUREL : 10.681 contre 9.234 voix. Par Ia suite, on devait lire dans le journal parisien « La République Française », le journal des progressistes, l’accusation selon laquelle son élection serait due à des pressions exercées sur les indigents des hospices et par quelques appuis politiques, comme celui du maire de Neuville qui doit son poste de conseiller d’arrondissement de canton nord-est à DRON [4]. Ces accusations ne seront jamais prouvées, et il bien difficile de faire Ia part de la vérité et de I’accusation politique. Mais néanmoins, elles illustrent parfaitement ce que nous disions plus haut au sujet des réseaux d’influence des radicaux.

Quoiqu’il en soit, moins d’un an après ces événements, le vieux maire de Tourcoing, VICTOR HASSEBROUCQ meurt de vieillesse et de maladie, le vendredi 6 octobre 1899. La presse locale lui rend hommage le lendemain en reconnaissant ses grands mérites. Seuls les quotidiens les plus agressifs, tel « L’Égalité » socialiste et « La Croix » catholique émettent quelques réserves à son égard.

Lors de ses funérailles, DRON prononce un discours d’éloges sur ce personnage populaire et conclue ainsi :

« Si dans ma vie j’ai pu rendre quelques services à ma ville adoptive, je le dois à ses leçons et à ses conseils, à l’amitié qui nous unissait (...) et à mesure que l’expérience s’est accrue avec I’âge, j’ai senti grandir en moi la reconnaissance envers celui que je considère comme mon maître ».

Les élections municipales que cette mort entraîne verront la victoire de DRON, qui ne croyait pas si bien dire en parlant de services rendus à la ville et des leçons qu’il lui doit. L’élève dépassera le maître par la qualité et la quantité de ces services et par sa popularité...

Mais, depuis le 10 Juin 1884, i1 est installé à la Commission Administrative des Hospices correspondant à Ia foi à ses compétences et à ses voeux. Examinons donc tout d’abord quelle fut son action à ce niveau-là.


[1“Le Journal de Roubaix”, 24 mai 1898.

[2"Histoire du Nord Pas-de-Calais de 1900 à nos jours”, PRIVAT, 1982, sous la direction de Y.M. HILAIRE.

[3Chef du mouvement protectionniste à la Chambre. Il présida l’un des plus longs ministères avec des modérés, de juin 1896 à juin 1898. Il dut démissionner devant une Chambre exigeant “une majorité exclusivement républicaine”

[4En effet, CHARLES PHALEMPIN, maire de Neuville, soutenu aux cantonales de juillet 1896 par DRON fut élu contre le démocrate chrétien JULES DECOOPMAN.

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Dans ce chapitre :


gustave DRON

Mémoire de Maîtrise en histoire contemporaine politique
de l’Université de Lille 3.
Octobre 1988

auteur

Bruno SIMON

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