GUSTAVE DRON (1856-1930)

Député-maire de Tourcoing, sénateur du Nord

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Seconde partie - Chapitre 5 - Paragraphe 2/10

Tourcoing à la veille des grandes luttes religieuses

La guerre scolaire, si elle est violente sur l’ensemble du territoire national, se trouve encore plus exacerbée dans le département du Nord. Le contexte social que nous lui connaissons maintenant -forte poussée de l’industrialisation contre secteur primaire prédominant, percée des sentiments républicains puis socialistes contre persistance des affections monarchistes voire bonapartistes, dense implantation de congrégations religieuses notamment dans le domaine de l’enseignement - ne pouvait que contribuer à rendre plus véhémente la querelle des ennemis irréconciliables, catholiques intransigeants et laïcs anticléricaux.

Parmi ces derniers, notons outre les socialistes et les républicains convaincus, les ouvriers des villes et les paysans des campagnes déchristianisées comme le Cambrésis [1].

Et justement, de la fin du XIXe siècle à la première moitié du XXe, les deux grandes paroisses de Tourcoing sont dirigées par des curés au règne long et à l’influence pesante. Pour Saint-Christophe, le curé VAN BOCKSTAEL de 1876 à 1902 puis l’abbé JEAN-BAPTISTE LECLERCQ de 1902 à 1930. À Notre-Dame des Anges, le curé-doyen DEBRABANT. Jusqu’aux premières victoires des républicains, ces curés, notamment celui de Saint-Christophe, faisaient partie des personnages de premier plan. À leur autorité morale s’attache une autorité politique de fait. Ce n’est qu’à partir de 1880 environ que s’affaiblit l’emprise du clergé sur la vie politique et sociale de la ville.

Ainsi, le curé VAN BOCKSTAEL, qui fera élever l’église du Sacré-Coeur, rehausser le clocher de Saint-Christophe en 1890, continue l’oeuvre de ses prédécesseurs, à savoir l’organisation de patronages pour les adolescents, afin de « former des ouvriers honnêtes à l’école du respect et de la probité », confiés aux congrégations religieuse comme les Capucins ou les Rédemptoristes. Contre l’école laïque et ses « ravages », il multiplie les ouvertures d’écoles catholiques et organise en 1890 le comité des Écoles Libres. Contre les « mauvaises doctrines, le socialisme et l’irréligion », il fonde “Le Courrier de Tourcoing”, journal catholique intransigeant qui devient “L’Écho de Tourcoing” avant de disparaître avec l’apparition de “La Croix du Nord” en 1893. Sans oublier la présence et l’action des religieuses d’usine, qui sous la houlette d’un patronat paternaliste, apportent secours et soutien aux prolétaires condamnés à un mode de vie inhumain.

De l’église à l’usine, du patronage au syndicat, le clergé étend son influence que l’opinion tourquennoise ressent de plus en plus lourde. De la religion à la politique, il n’y a qu’un pas, qu’il franchit rapidement et maladroitement.

Soulignons aussi le rôle de personnages comme AUGUSTE BIGO, dont nous parlions au début de cet ouvrage, qui soutiennent sans faiblesse l’Église assaillie par la République. Il était de ceux qui, en 1883, avaient crié au scandale lors du démarrage des travaux du Lycée de Garçons du boulevard Gambetta, « ce bâtiment aussi inutile pour l’instruction de la jeunesse que désastreux pour les finances de la ville et les principes religieux... ». Trois ans plus tard, il avait persisté dans son entêtement contre l’école laïque lors du vote des crédits municipaux pour la création d’un lycée de jeunes filles : « [...] les parents qui veulent des filles matérialistes n’ont pas besoin de faire payer cette idée-là avec l’argent du public. ». Le docteur DEWYN, ami et compagnon de travail de DRON, lui demandera un jour : « mais de quel tribunal d’Inquisition faites-vous donc partie ? ».

Cette résistance des élites locales à la République laïque ne peut se concevoir sans l’appui d’une large portion de la masse populaire, à laquelle se heurtent les instituteurs nouvellement nommés, quand ils ne sont pas eux-mêmes encore fortement influencés par le catholicisme.

D’autre part, VICTOR HASSEBROUCQ, maire républicain modéré jusqu’en 1899, donc au moment de l’application des lois de 1881 à 1886, n’a jamais fait preuve d’un excès de zèle dans l’application des lois laïques, à la grande insatisfaction du jeune conseiller municipal GUSTAVE DRON. Et c’est le moins qu’on puisse dire. Catholique pratiquant, n’osant guère entrer en conflit ouvert contre les autorités religieuses de la ville, HASSEBROUCQ ménage la chèvre et le chou. La situation de l’enseignement à la veille de nouvelles lois poussant plus loin la laïcisation est telle « qu’il reste donc en 1899 à laïciser les écoles laïques », comme le souligne BERNARD MÉNAGER dans son ouvrage [2] qui contient tous les détails que nous ne reprendrons pas ici.

Précisons simplement qu’à l’origine, cinq des sept écoles communales primaires de garçons de Tourcoing sont tenues par des congrégations. Une seule est laïcisée, sans précipitation en 1899, parce que le père directeur est décédé. Les autres ne le seront qu’au terme des cinq ans de délai prescrits par la loi de 1886. Si en revanche les écoles communales primaires de filles sont brutalement laïcisées, c’est en réponse aux constantes agressions verbales des catholiques intransigeants que la municipalité HASSEBROUCQ veut faire taire. Au moment où DRON succède à ce dernier, le nombre d’enfants instruits par l’école publique est équivalent à celui des élèves des écoles privées.


[1B. MÉNAGER, “La laïcisation des écoles communales dans le département du Nord, 1879-1899, Lille 1971. Thèse de IIIe cycle. Et rappelons que DRON était originaire du Cambrésis.

[2B. MÉNAGER, op. cit. p. 268.

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Dans ce chapitre :


gustave DRON

Mémoire de Maîtrise en histoire contemporaine politique
de l’Université de Lille 3.
Octobre 1988

auteur

Bruno SIMON

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