GUSTAVE DRON (1856-1930)

Député-maire de Tourcoing, sénateur du Nord

La nouvelle gare de Tourcoing en construction - E.C. - Médiathèque municipale de Tourcoing

Première partie - Chapitre 1 - Paragraphe 2/10

Une éducation républicaine

Nous pouvons en déduire que GUSTAVE DRON tira largement profit de cette ascendance familiale. Il eu l’occasion et la chance de suivre des études, tout d’abord au Collège Communal de Cambrai. Quel élève était-il ? Certainement intelligent et doué, travailleur et obstiné, si l’on imagine qu’il possédait ces traits de caractère que nous retrouveront à l’âge adulte. Etait-il déjà têtu et plutôt insoumis ? Pouvons nous imaginer, sans nous éloigner trop du probable, qu’il eut des rapports tendus avec le personnel religieux du Collège ? Cela pourrait-il être l’une des clés possibles pour comprendre son futur anticléricalisme ?

D’autant plus que nous savons que les époux DRON-LAMOURET, ses parents, furent enterrés civilement sans cérémonie religieuse. Ils n’étaient donc pas croyants. Nous pouvons dire qu’ils n’étaient donc pas royalistes, et peut-être ne furent ils pas très favorables à l’Empire ? Ce qui prouverait une certaine indépendance de caractère dans le contexte de l’époque, car les partisans du Roi ou de l’Empereur se trouvaient encore nombreux dans le Nord, bien après l’installation de la IIIe République.

GUSTAVE DRON, lors d’une intervention à l’Assemblée, le 25 mai 1893, s’exprime en ces termes à propos d’un éventuel redécoupage des circonscriptions de l’arrondissement de Lille par les conservateurs : « Vous parliez tout à l’heure des moeurs de l’Empire. Je ne sais pas quels procédés il employait, j’étais trop jeune pour m’en rendre compte, mais je ne tiens pas à voir revenir ce temps là ; et vous n’obtiendrez pas des républicains de cette Chambre qu’ils fassent le découpage bizarre et fantaisiste que vous proposez. »

Certes, il n’avait pas encore quatorze ans quand la bataille de Sedan décida du sort de l’Empire, mais nous pouvons concéder qu’il est fort probable qu’il tient de son père cette aversion pour ce régime.

Devons nous déduire en outre que les vingt années de son père passées comme maire de village aient influencé les désirs, l’ambition et le destin du jeune GUSTAVE ? Toujours est-il que ses études sont couronnées de succès, si l’on en juge par son entrée à la faculté de médecine de Paris. Il a désormais la majorité et il entre dans le milieu des étudiants en médecine, où la croyance en la science et le progrès humain repousse la foi en Dieu et la religion.

C’est certainement ici que se forgeront bon nombre de ses opinions et sa philosophie [1]. Il entre ainsi dans le schéma classique de l’ascension sociale sur trois générations si représentatif de la mobilité sociale de la IIIe République : le grand-père est cultivateur, son fils reçoit une instruction primaire et s’il ne peut aller jusqu’au bac, au moins peut-il avoir accès au certificat d’études, au brevet d’instituteur. Le fils sera donc instituteur, postier ou clerc de notaire. Son fils, le petit-fils de fermier, aura la possibilité de décrocher le bac et de gravir quelques échelons de plus dans la hiérarchie sociale, voire devenir « quelqu’un d’important ».

L’école est le rouage décisif de la société méritocratique et démocratique ; la compétence est reconnue par le diplôme et gratifiée par le rang dans la hiérarchie et par la responsabilité sociale. La « concurrence des intelligences » pour la sélection d’une élite universitaire dirigeante imprègne le discours des hommes de la IIIe République sur le principe de l’école laïque, gratuite et obligatoire...


[1C’est également au cours de ses études de médecine qu’il prend l’habitude de se faire appeler Gustave et non Jean-Baptiste, détail symboliquement significatif.

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Dans ce chapitre :


gustave DRON

Mémoire de Maîtrise en histoire contemporaine politique
de l’Université de Lille 3.
Octobre 1988

auteur

Bruno SIMON

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