GUSTAVE DRON (1856-1930)

Député-maire de Tourcoing, sénateur du Nord

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Seconde partie - Chapitre 5 - Paragraphe 4/10

ÉMILE BARROIS contre-attaque

DRON fait appliquer à la lettre, et non sans une certaine rigueur qui trahit son fort sentiment anticlérical, les directives émanant du gouvernement COMBES pour interdire toutes les écoles non autorisées. Cependant, le mercredi 23 juillet 1902, l’expulsion des Soeurs de la Charité de l’école maternelle, rue du sergent Bobillot, ne se déroule pas sans accrochage. Une foule conséquente est venue soutenir moralement les Soeurs.

ÉMILE BARROIS est venu aussi, qui s’adresse aux hommes : « Citoyens, vous êtes venus pour protester contre l’outrage fait à la liberté ! [...] ». Et alors que quelqu’un lance « Vive la république ! ». Il répond immédiatement : « Oui, vive la République ! Mais la République des honnêtes gens, la République qui n’est pas conduite par les proscripteurs ! ». La foule se dirige vers l’Hôtel de Ville pour y détacher une délégation. Mais ce jour-là, DRON est retenu à Paris par son mandat parlementaire. Le Conseil municipal propose à la délégation de se représenter le dimanche suivant, le 27 juillet. Le lendemain, le même scénario se reproduit avec les Dames de la Sainte-Union. Mais cette fois des bagarres éclatent entre la police et des manifestants. La foule est dispersée, quelques meneurs arrêtés. Toute la métropole s’agite. De retour de Paris le vendredi 25, DRON prend des mesures draconiennes dans la soirée même : interdiction de toute manifestation sur la voie publique.

Le 27, comme prévu, se présente la délégation conduite par ÉMILE BARROIS, PIERRE DEFRETIN, maire d’Halluin et ALEXANDRE JOIRE, conseiller municipal de Bondues. Mais la foule s’est rassemblée sur la Grand Place, malgré l’interdiction municipale. Devant le refus caractérisé d’obéissance à son arrêté, DRON ne garde pas la tête froide. Il refuse ni plus ni moins de recevoir la délégation en guise de représailles. Des militants socialistes, fleur d’églantine à la boutonnière, s’immiscent parmi les manifestants et de nouvelles bagarres éclatent.

Le lendemain, lundi 28 août, des tracts s’en prennent au maire, dénonçant son attitude de la veille :

« Habitants de Tourcoing ! Au jour de son entrée en fonction, M. DRON maire de Tourcoing, a déclaré hautement que, sous son administration, les portes de l’Hôtel de Ville seraient toujours ouvertes à tout le monde. Nous nous sommes présentés hier matin. Nous voulions, au nom de l’immense majorité de nos concitoyens, déposer entre les mains du premier magistrat de la ville une protestation contre la fermeture des écoles des soeurs et une requête pour leur réouverture. M. le maire a refusé de nous recevoir. Nous vous faisons juges de ses paroles et de son acte. ».

DRON réplique rapidement. Il fait interdire la traditionnelle procession religieuse du 15 août,

« Considérant que les manifestations organisées le mercredi 23 et le dimanche 27 juillet 1902, pour protester contre l’application de la loi sur les associations ont amené des troubles graves, considérant que les processions qui se font habituellement le 15 août à Tourcoing pourraient provoquer une nouvelle agitation et entraîner des scènes de désordre. » [1].

Il va plus loin encore le 22, en faisant voter par le conseil municipal et sur une proposition du socialiste DUMORTIER, une motion de félicitations au gouvernement COMBES pour sa rigueur et son énergie dans la lutte contre le cléricalisme et pour la séparation de l’Église et de l’État. Jugeant qu’il abonde un peu trop dans le sens des collectivistes, le radical JULES DASSONVILLE écrit dans le modéré “Journal de Roubaix” qu’il « regrette cette interdiction au nom de la liberté et qu’il faut de la religion, même si le clergé tourquennois se croit maître de tout et abuse de sa position. ».

Quelques jours plus tard, BARROIS organise à Tourcoing un meeting de protestation où 2.500 personnes, selon les rapports de police peu susceptibles de gonfler les chiffres, écoutent successivement les discours de CONSTANT GROUSSEAU, JACQUES PIOU et MARC SANGNIER [2]. BARROIS y félicite les « jeunes gens dévoués, dont certains ont eu l’honneur d’être cités devant les tribunaux pour la défense des libertés. » [3]. On y chante également un refrain satyrique destiné au maire, intitulé “Gustave”.

Au cours de l’année 1903, on assiste à une baisse de tension. Durant l’été, une nouvelle vague d’expulsion est prévue par le gouvernement. À Tourcoing, elle ne peut être appliquée à cause de retards dans la construction d’écoles. De plus, une enquête préfectorale du mois de juillet [4] conclut que 1.248 enfants en maternelle et 1.936 en primaire ne pourraient être accueillis si la ville fermait toutes les écoles brusquement, selon les ordres du gouvernement que les municipalités de Roubaix et Tourcoing ne sont guère pressées d’appliquer. L’existence même de ce document et ses conclusions tendent à prouver que la municipalité, comme celle de Roubaix mais pour des motifs différents, n’expulse pas à tort et à travers sans songer aux enfants.

Le dimanche17 janvier 1904, suite au refus d’autorisation et donc à la fermeture de l’école de la rue du Clinquet des Soeurs de Sainte-Thérèse et de la maternelle de la rue Augereau des Soeurs de l’Enfant-Jésus, BARROIS, toujours lui, rassemble 3.000 fidèles dans la rue. Mais cette fois, la manifestation se déroule sans aucun incident et se conclut par la remise à l’Hôtel de Ville d’une motion rédigée.


[1Arrêté municipal du 4 août 1902.

[2Fils de riche famille bourgeoise, polytechnicien, catholique rallié, organisateur de la “Jeune Garde”. Actif propagandiste condamné par Pie X. Pacifiste, rallié au Front Populaire. Fondateur de la Démocratie Chrétienne.

[3Discours de M. BARROIS, Arch. Dép. du Nord, série T, doc. 123.7.

[4Arch. Dép. du Nord, série V, doc. 6.35.

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Dans ce chapitre :


gustave DRON

Mémoire de Maîtrise en histoire contemporaine politique
de l’Université de Lille 3.
Octobre 1988

auteur

Bruno SIMON

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