GUSTAVE DRON (1856-1930)

Député-maire de Tourcoing, sénateur du Nord

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Seconde partie - Chapitre 5 - Paragraphe 6/10

Détournement du monastère des Franciscains

À Tourcoing, l’impression générale est que le maire orchestre les opérations de main de maître, à la grande colère des religieux. On le voit souvent agir en solitaire, profitant des grands bouleversements et de la défaite de ses adversaires pour assouvir ses désirs et réaliser ses projets. Nous remarquons la suite dans ses idées et dans son action politique, rarement détournée de ses buts, seulement parfois retardée. Ainsi, il acquiert le 30 septembre 1905, au tribunal civil de Lille, au nom de la municipalité de Tourcoing et pour 350.000 frs. le monastère des Franciscains de Notre-Dames des Anges, situé rue des Ursulines. Le Conseil municipal vote son accord le 20 octobre, ce qui signifie que DRON, une fois de plus, met ses conseillers au pied du mur ; il agit seul et ensuite leur fait “approuver” ses actes !

Nous avions vu qu’aux alentours de 1886 il avait été question de créer un collège de jeunes filles. Ce qui n’avait pas été fait à cause de l’opposition conservatrice et faute de bâtiments suffisants pour l’aménagement obligatoire d’un internat [1]. Constatons que DRON n’a pas renoncé à cette idée : il fait voter par le Conseil, lors de la séance du 2 février 1906, la proposition d’installer dans ces bâtiments ce fameux collège de jeunes filles. Les religieuses, alors réfugiées en Belgique, furieuses de voir leur propriété métamorphosée en « un foyer d’athéisme et d’irréligion », protestent de manière véhémente.

Et visant GUSTAVE DRON : « [...] et sous la férule du maître, il ne s’est pas trouvé au Conseil municipal de Tourcoing une seule voix pour protester ; tous ont ratifié le sacrilège, sans penser peut-être qu’ils encouraient l’excommunication et qu’ils se rendaient complices d’un vol [...] ».

Car elles comptent bien recouvrer leur propriété, à laquelle il n’est pas question qu’elles renoncent, par cette menace que DRON moque en la désignant de « foudre d’un autre âge ».

Il est compréhensible que cette ardeur “militante” des catholiques, civils ou religieux, soit rendue indispensable par les “persécutions” des maires anticléricaux, dont GUSTAVE DRON est un représentant typique. La jeunesse se mobilise, et c’est ainsi que l’on voit régulièrement les jeunes gens de la “Jeune Garde” [2] défiler dans les rues de la métropole lilloise ou assurer sans douceur le service d’ordre des meetings où vient parler, entres autres orateurs, le célèbre MARC SANGNIER. Le 4 février 1906, un mois avant les inventaires, on les voit défiler dans les rues de Tourcoing, défiant une fois de plus GUSTAVE DRON.


[1L’État avait refusé la création d’un collège faute de bâtiment d’internat, mais n’avait pas interdit de dispenser des cours dans un externat.

[2Groupement départemental de la Jeunesse Catholique fondé à Lille par GEORGES CIEREN en mai 1897. Le grand organisateur en est MARC SANGNIER.

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Dans ce chapitre :


gustave DRON

Mémoire de Maîtrise en histoire contemporaine politique
de l’Université de Lille 3.
Octobre 1988

auteur

Bruno SIMON

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