GUSTAVE DRON (1856-1930)

Député-maire de Tourcoing, sénateur du Nord

Institut Colbert, atelier de menuiserie - Collection privée Delargillière - Dépôt Lille 3 IRHIS
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Seconde partie - Chapitre 6 - Paragraphe 8/14

L’enseignement professionnel

Affiche de l''École pratique de commerce et d''industrie proposant des cours professionnels pour adultes, 1910. Parmi les nombreuses préoccupations de GUSTAVE DRON, s’il en est une qui à ses yeux était d’une importance capitale, c’est sans conteste la formation professionnelle de la jeunesse. Car c’est par elle que les fils du monde ouvrier peuvent prétendre à une certaine promotion sociale.

Sans retracer toute l’histoire de l’enseignement professionnel, rappelons rapidement que sous le Second Empire, le gouvernement ne s’y intéressait guère. C’est la IIIe République avec ses grandes lois sur l’école laïque qui lui permit un nouveau départ. C’est à l’instigation de JULES FERRY que naît la loi du 11 décembre 1880 sur les écoles manuelles. Celles-ci doivent dépendre du ministère du Commerce et de celui de l’Agriculture. Leur personnel doit être nommé par les Conseils municipaux pour les écoles communales, par les Conseils généraux pour les écoles départementales. Le financement ainsi que le règlement intérieur sont envisagés par l’État.

En août 1880, date de l’arrivée de DRON à Tourcoing, un rapport du Conseil général [1] constate la nécessité d’ouvrir de telles écoles dans la métropole, le besoin d’ouvriers qualifiés se faisant sentir. Par la suite, différentes enquêtes, notifiées par les services préfectoraux de 1882 à 1886, témoignent de l’intérêt de l’État pour la création et le fonctionnement des ces établissements.

Après une période de somnolence, le sujet rencontre un regain d’intérêt au début du XXe siècle, vers 1900-1905, avec l’éclatement de la question scolaire. En 1903 est instituée une commission parlementaire de l’enseignement professionnel, le Conseil supérieur de l’enseignement technique. Les investigations sont longues, les débats houleux, les réalisations s’attardent, et ce n’est qu’en 1905 que le député FERNAND DUBIEF présente le projet de loi ASTIER.

C’est en 1909 que GUSTAVE DRON dépose à son tour à la Chambre une proposition de loi sur l’organisation de l’apprentissage. Ces travaux l’ont amené à rencontrer EDMOND LABBE, directeur de l’école professionnelle d’Armentières de 1900 à 1908, qui donne toute son impulsion au mouvement en faveur de cet enseignement. Cependant, ce n’est que dans l’immédiat après-guerre que sera votée la loi ASTIER.

Dans l’immédiat, DRON ne reste pas inactif. À Tourcoing, il organise depuis 1906 l’Institut Colbert. Ou plutôt, il réalise son extension d’École Primaire Supérieure en École Pratique du Commerce et de l’Industrie. Des ateliers de mécanique, de ferronnerie, de menuiserie, d’électricité, de chaudronnerie, de fonderie et de moulage permettent de former des ouvriers qualifiés et des contremaîtres d’industrie. Y sont aussi donnés des cours pratiques et théoriques de maréchalerie, de mécanique, de conduite de machines, de cordonnerie, de tailleur d’habits, de pâtisserie et de confiserie. Voilà ce qu’était déjà cet établissement précurseur à la veille de la première guerre mondiale [2].

À côté de cet institut auquel le nom de GUSTAVE DRON reste attaché, il ouvre simultanément l’École Pratique de Jeunes Filles, l’Institut Sévigné, qui comprend des cours d’enseignement commercial et industriel.

Annexée à l’école Colbert, il dote la ville de l’École du Textile, dont les ateliers permettent l’apprentissage des métiers textiles comme la filature et le tissage.
Plus utile que cette dernière - nous savons que le monde de l’industrie textile est un mode de sous-qualification qui n’exige guère beaucoup d’apprentissage - est fondée l’École du Bâtiment, destinée à former divers types d’ouvriers : serruriers, tôliers, forgerons, charpentiers, métreurs, plombiers-zingueurs, maçons, tailleurs de pierre, peintres, carreleurs et bien d’autres.

Son rôle primordial dans le développement de l’enseignement professionnel à Tourcoing et la popularité qu’il s’attache par là l’entraînent à organiser avec LABBE le Comité départemental de l’enseignement technique. Dans l’après-guerre, il deviendra président de l’Association Française pour le développement de l’Enseignement Technique.

Son rôle ne fut pas seulement municipal ou régional. Par sa présence à la Chambre avant le conflit mondial et dans ces comités ou associations, il prit une part considérable dans les projets de loi sur l’enseignement technique.

Mais ce tableau idyllique ne doit pas nous faire oublier que les résultats ne furent pas à la mesure des espérances. Tout d’abord parce que les patrons locaux, que nous avons vus régulièrement opposés idéologiquement à DRON, voient d’un mauvais oeil l’expansion de ces « instructions qu’ils ne maîtrisaient pas [3] » . Ils assimilent généralement le réformisme radical du maire aux doctrines du collectivisme, sans réaliser les nombreuses divergences, pour ne pas dire oppositions, entre ses idées et celles des socialistes. Ajoutés à cela le manque de ressources financières et le désintérêt des organisations ouvrières, et nous comprenons que les fils d’ouvrier, à qui ces créations étaient destinées, ne furent que très peu nombreux à bénéficier du dynamisme de cet homme, comme le souligne ROBERT VANDENBUSSCHE. En effet, il n’attendait pas de l’État une aide providentielle, il engageait sa propre responsabilité, sa propre crédibilité, sa carrière :

« N’est-il pas légitime que les communes devant, grâce aux industries qui se créeront et se développeront, tirer de grands profits de l’apprentissage qui sera organisé chez elles, contribuent pour une part aux dépenses qu’il nécessite ? ».

« Si nous attendons tout de l’État, nous n’aurons jamais rien », ajoute-t-il au cours d’une discussion à la Chambre en février 1913, sur le financement des écoles techniques.

Illustration : Affiche de l’’École pratique de commerce et d’’industrie proposant des cours professionnels pour adultes, 1910. Archives municipales de Tourcoing.


[1Arch. dép. du Nord, série IT 137, dossier 6.

[2J. VAN DEN DRIESSCHE, op. cit.

[3R. VANDENBUSSCHE, “Les pouvoirs locaux et les débuts de la formation professionnelle dans le Nord sous la IIIe République”, in la “Revue du Nord” n°261/262, 1984.

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Dans ce chapitre :


gustave DRON

Mémoire de Maîtrise en histoire contemporaine politique
de l’Université de Lille 3.
Octobre 1988

auteur

Bruno SIMON

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