GUSTAVE DRON (1856-1930)

Député-maire de Tourcoing, sénateur du Nord

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Troisième partie - Chapitre 7 - Paragraphe 4/12

Signes avant-coureurs de l’occupation

Pendant ce temps, les journaux locaux ou nationaux, même les plus sérieux, annoncent les faits d’armes les plus invraisemblables. C’est le début du “bourrage de crâne”. Mais la réalité dément rapidement les propos optimistes et mensongers. La guerre tue, les chiffres sont élevés, mais les communiqués n’en soufflent mot. L’armée française est victorieuse en Alsace, dit-on. Donc quel étonnement quand, le 23 août dans l’après-midi, les premiers coups de feu sont échangés entre une patrouille de huit cavaliers Uhlans et le petit poste défensif du quartier de la Bourgogne. Un des soldats ennemis est tué, le premier soldat allemand mort à Tourcoing ; son destrier tout équipé sera utilisé par le commissaire LENFANT pour d’autres exploits héroïques.

Le sénateur-maire devra employer toute sa rhétorique pour apaiser les esprits ; « Ne vous alarmez pas, l’invasion ne semble pas à craindre, faites justice des colporteurs de fausses nouvelles, n’abandonnez pas votre foyer ». DRON croyait-il lui-même en ses paroles rassurantes, alors que son ami ALPHONSE LENFANT, le commissaire du quartier de la Croix-Rouge, le tenait sérieusement informé ? En effet, ce dernier parcourait la campagne environnante en automobile avec comme chauffeur ÉTIENNE SION, fils d’un industriel notoire, à la recherche de tout renseignement sur les mouvements et la composition des troupes ennemies. Pour les communiquer ensuite non seulement au maire mais aussi au préfet du Nord, M. TRÉPONT. Les incursions allemandes se faisaient de plus en plus nombreuses, mais il ne s’agissait que de petits détachements de reconnaissance qui ne faisaient que traverser la cité et provoquer la curiosité des Tourquennois. Dans ces derniers jours de mois d’août, on pouvait lire sur les murs l’affiche suivante, émanant de la municipalité :

« Nous devons regretter qu’une partie de la population ait tendance à stationner, à former des attroupements quand des patrouilles de cavalerie allemande circulent sur notre territoire. En ce cas, le moindre incident peut avoir des conséquences graves, être considéré comme une provocation et entraîner des représailles dont toute la ville aurait à souffrir. Personne n’a le droit, en dehors des soldats qui sont des belligérants réguliers, de faire acte d’hostilité : ce sont les lois de la guerre. ».

Le mercredi 2 septembre, les journaux, à l’instigation certainement de l’État-Major français et du Gouvernement de la République, imprimaient en première page un article intitulé “les lois de la guerre”, rappelant que « les habitants des régions occupées doivent se conduire pacifiquement, ne prendre part en aucune façon à la lutte, s’abstenir de tout dommage aux troupes de la puissance occupante, obéir aux organes du gouvernement ennemi (...) ».

Et l’on apprenait également que la bataille faisait rage sur la Somme. Mais si les Allemands sont à Péronne ou à Bapaume, c’est qu’ils ont laissé délibérément Tourcoing de côté... Mais pour combien de temps ? Sommes-nous en “région occupée” ? La réponse ne devait pas tarder : deux jours plus tard, le vendredi 4 septembre, Lille est occupée par les “verts-de-gris” et ils viennent jusqu’à Roubaix-Tourcoing prendre les premiers otages de ces villes. À Tourcoing, sont emmenés sept personnalités notables dont un membre du Comité de Secours présidé par DRON, ACHILLE BELTETTE. Les six autres sont JOSEPH VOLT, GUSTAVE SCALBERT, HENRI DUTHOIT, LOUIS LÉONARD, A. HEULST, P. BAILLEZ et L. BERNARD.

Le samedi 5, les Britanniques reprennent Lille et les Allemands évacuent l’agglomération. Le mardi 8 septembre, c’est la victoire de la Marne, que les journaux ne manquent pas de rapporter.

L’étreinte se desserre, mais le répit sera de courte durée. Le 17 septembre, le maire reçoit l’ordre des autorités militaires de procéder au recensement de la classe 1915. Ce qui est fait du 18 au 22 à la Maison de l’Amicale Laïque. D’autre part, le 22, un délégué du gouvernement, le député socialiste de la Seine [1], rencontre GUSTAVE DRON à Tourcoing afin de rendre compte de la situation de Roubaix-Tourcoing à Paris. À cette date, les patrouilles de cavalerie allemande traversent à nouveau la ville. L’étau se resserre autour de Lille.

Le lundi 5 octobre au matin, sous le bruit du canon tout proche, une trentaine de Uhlans débouchent sur la Grand Place après avoir remonté les rues de Gand et Saint-Jacques. C’est l’avant-garde d’un convoi de 2.000 hommes, fantassins, cyclistes, artilleurs, cavaliers, qui arrive dans l’après-midi par la rue du Tilleul. C’est la première fois que la population voit autant d’ennemis d’un coup. Les badauds s’amassent, malgré les exhortations du maire, « comme s’il s’agissait d’une cavalcade de fête » déplore la presse. Surtout « les jeunes gens dont l’âge excuse peut-être l’insouciance ».

Malgré tout, les fenêtres se ferment, les portes se verrouillent, les automobiles s’immobilisent, les usines s’endorment. Du 10 au 13 octobre, c’est la bataille de Lille que gagnent les Allemands ; le sort de Tourcoing est alors scellé.


[1ALBERT THOMAS, futur directeur du Bureau International du Travail.

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Dans ce chapitre :


gustave DRON

Mémoire de Maîtrise en histoire contemporaine politique
de l’Université de Lille 3.
Octobre 1988

auteur

Bruno SIMON

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