GUSTAVE DRON (1856-1930)

Député-maire de Tourcoing, sénateur du Nord

Troisième partie - Chapitre 7 - Paragraphe 5/12

Avis à la population

C’est le mercredi 14 octobre vers 11 heures du matin, une semaine jour pour jour avant sont 58ème anniversaire, que DRON rencontre le premier plénipotentiaire allemand venu le trouver à la mairie pour lui annoncer l’occupation de Tourcoing dans les heures à venir. On trouve un interprète, M. SPEDER qui traduit les propos de l’Allemand. Il réclame la livraison d’otages afin que l’occupation se fasse en toute tranquillité.

Les otages, dont DRON lui même, furent conduits à Roncq, dans les locaux du Patronage. Il s’agit de MM. le chanoine LECLERCQ doyen de Saint-Christophe, l’abbé MALAQUIN du Sacré-Coeur, ROMAIN DUQUENNOY, GEORGES DUVILLIER, ABEL LEVEUGLE, conseiller d’arrondissement et de JOSEPH VILLAEYS, conseiller municipal. Ils seront libérés quelques jours plus tard, notre maire le lendemain même, afin de servir de médiateur entre autorités allemandes et populations occupées. Ainsi, le 15 octobre, il lui fut demandé de rassembler en quatorze jours de délai, les sommes de 2.975.000 francs d’indemnités de guerre et de 1.000.000 de francs pour rançon des otages. La municipalité ne parvint à réunir que 1.700.000 francs en faisant appel au concours des citoyens, ce qui ne satisfaisait point les exigences allemandes. Ils exigèrent alors un paiement quotidien en nature qui devait peser très lourd sur le ravitaillement de la ville. Étaient attendus quotidiennement :

  • 8.000 kilos de pain
  • 3.500 kilos de viande
  • 4.000 oeufs
  • 2.000 litres de vin
  • 1.000 litres d’eau de vie
  • 175 kilos de sucre
  • 150 kilos de café
  • 100 kilos de beurre
  • 26 kilos de thé
  • 8.000 cigarettes
  • 8.000 cigares
  • 80 kilos de tabac
  • 50 kilos de bougies
  • et 10.000 kilos d’avoine

Pourvoir au ravitaillement allemand selon ces conditions fut la tâche principale et forcée de GUSTAVE DRON durant 1.463 jours d’occupation, une tâche harassante pour cet homme responsable de ses concitoyens et ne cherchant guère à fuir ses responsabilités. Précisons que chaque mécontentement allemand entraînait le paiement d’une taxe supplémentaire de 10.000 à 100.000 francs.

Il serait fastidieux et hors de propos de donner les détails des applications de l’administration militaire allemande. Sachons cependant qu’elles furent d’une efficacité aussi tatillonne que vexatoire. Les réquisitions étaient réglées comme un système d’horlogerie, rien n’était oublié, tout était répertorié avec minutie, contrôlé avec sévérité. Outre l’interdiction de quitter le territoire communal, réquisition de tous les moyens de transport, couvre-feu impératif, liste des habitants affichés dans l’entrée de chaque maison... etc.

Le 12 novembre 1914, GUSTAVE DRON, assisté d’ALBERT INGHELS, institua alors un Bureau Commercial chargé du ravitaillement de Tourcoing, dont les directeurs, MM THAUNE et DELERUE, restèrent eux aussi très actifs jusqu’à la fin de l’occupation. Tandis que LENFANT usait d’audace et de courage dans l’élaboration de son système d’information [1], DRON usait force d’inertie et d’entêtement dans les nombreuses tractations qu’il dut entreprendre avec le commandement allemand, personnifié par le nouveau général VON TESSIN, « officier borné et plein de morgue » [2]. Il réussit entre autres choses à faire rendre les quarante vaches de la ferme de la Bourgogne qui avaient été réquisitionnées ! Le protection des malades et des démunis restait sa principale préoccupation, d’autant plus précieuse et nécessaire en ces temps de détresse.


[1Avec le dévouement de personnes telle Mme DECOCK qui risqua maintes fois sa vie en traversant la frontière belge.

[2JACQUES AMEYE, in “Histoire de Tourcoing”, op. cit.

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Dans ce chapitre :


gustave DRON

Mémoire de Maîtrise en histoire contemporaine politique
de l’Université de Lille 3.
Octobre 1988

auteur

Bruno SIMON

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