GUSTAVE DRON (1856-1930)

Député-maire de Tourcoing, sénateur du Nord

Troisième partie - Chapitre 7 - Paragraphe 10/12

1918 : DRON arrêté !

Le 6 janvier 1918, certaines personnalités de Tourcoing furent emmenées en otages. Parmi celles-ci, nous comptons le chanoine LELEU, directeur de l’Institution Libre du Sacré-Coeur, ARTHUR PIERPONT, militant socialiste, les industriels LOUIS TIBERGHIEN et JOSEPH LEURENT et plusieurs femmes. Les autorités allemands les regroupent avec environ 600 autres détenus pris dans le reste de l’agglomération. Les femmes furent envoyées en Allemagne, les hommes en Lituanie [1].

En 1918, la zone des combats se rapproche de Tourcoing et ses environs. C’est l’année de la victoire chèrement payée du Mont Kemmel. Bailleul et Armentières sont reprises, les convois de l’armée allemande « misérable et loqueteuse [2] » laissent présager de la fin de cauchemar pour les habitants faméliques de la ville meurtrie.

Mais rendus amers par leur défaire, les occupants continuent de prendre des mesures vexatoires ; toutes les écoles qui n’étaient pas encore évacuées doivent l’être afin d’y laisser place aux troupes. Dans les maisons individuelles, il est décidé que les lits sont toujours réservés aux officiers, même s’il n’y en a qu’un.

Mais plus grave pour la cité, le 16 mai, GUSTAVE DRON est arrêté pour espionnage, avec d’autres de ses amis ou connaissances. Entre autres, le fameux commissaire de police LENFANT, résistant de la première heure aux multiples et tumultueuses aventures, l’huissier de justice PORTET, également résistant, le professeur du lycée de garçons BELTETTE. Inculpés de correspondre avec l’État-Major britannique par des courriers via la Hollande. Ces quatre-là, « suspects depuis longtemps » selon les mots du commandant allemand de la prison de Loos où ils sont transférés, sont gardés au secret. Pendant quelques semaines, c’est la vie de cellule pour le maire de Tourcoing : lever à 7h00 du matin, ersatz de café avec 300 grammes de pain à 7h30, une gamelle de brouet clair à 11h30, un second café à 16h00 puis coucher à 21h00...

Entre les interrogatoires, une heure de sortie par jour pour balayer la cour et se promener sous le préau. Sans parler de la rudesse des gardiens qui les malmènent parfois pour d’anodines raisons. Les prisonniers seront ensuite conduits en Belgique, les Allemands évacuant peu à peu le Nord. Après une étape dans les prisons de Tournai [Doornik], ils se retrouvent dans celles de Saint-Gilles, non loin de Bruxelles où ils sont traduits devant un Conseil de Guerre. Si PORTET est condamné à mort et DRON à être transféré en Allemagne, les autres sont acquittés, les Allemands n’ayant pas de preuve tangibles contre le commissaire malgré ses nombreuses participations à des actes de résistance. Devant l’imminence de la défaite, les juges allemands ne se sont pas empressés de faire appliquer les verdicts. C’est ainsi que l’huissier PORTET ne fut pas exécuté et que l’armistice les trouva tous dans leurs cachots de Saint-Gilles.


[1A. LELEU, in “Les otages français en Lituanie”, Arch. Mun. de Tourcoing, Duvivier, 1930.

[2J. VAN DEN DRIESSCHE, in “Histoire de Tourcoing”, op. cit.

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Dans ce chapitre :


gustave DRON

Mémoire de Maîtrise en histoire contemporaine politique
de l’Université de Lille 3.
Octobre 1988

auteur

Bruno SIMON

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