GUSTAVE DRON (1856-1930)

Député-maire de Tourcoing, sénateur du Nord

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Seconde partie - Chapitre 5 - Paragraphe 9/10

Une occasion d’apaisement ratée

Nous avons vu que quelques semaines plus tard s’ouvre la grande Exposition Internationale Textile de Tourcoing, située dans le quartier du Flocon, au delà du canal. Manifestation grandiose, ouverte de juin à octobre, que le député-maire avait organisée avec la précieuse et utile collaboration du président de la Chambre de Commerce, EUGÈNE JOURDAIN. Or celui-ci est catholique, mais fait passer les intérêts de la ville avant ses sentiments personnels, à l’instar de DRON. Ce rapprochement des deux hommes peut témoigner de la facilité avec laquelle quelques hommes de bonne volonté peuvent coopérer sans arrière-pensées malgré leurs différences politiques et religieuses.

Le 5 juillet, au cours du banquet de clôture du Congrès du Commerce et de l’Industrie, les deux hommes se remercient et se congratulent. À commencer par DRON :

« Il y a pu avoir des temps où les passions politiques nous séparaient, où nous étions armés les uns contre les autres [...] j’ai rencontré en JOURDAIN un homme d’esprit large et de conciliation aimable. Un homme éclairé qui m’a puissamment aidé et a gracieusement contribué à faire ici l’apaisement indispensable à la réussite d’oeuvres capables d’assurer le bon renom de notre cité [...] ».

Et JOURDAIN de lui répondre :

« [...] elle a été une entreprise hardie, conçue et exécutée, non sans beaucoup de difficultés, par un homme qui n’hésite pas, et qui, d’un courage et d’une énergie indomptable, mène à bien ce qu’il entreprend : j’ai nommé M. DRON, député-maire de Tourcoing. Mon devoir est de lui rendre cette justice [...] »
. [1]

De l’autre côté, le “Courrier de Tourcoing” fait paraître dans le courant du mois d’octobre divers articles qui fustigent « le bonasse M. JOURDAIN » et les « catholiques les plus en vue qui ont participé à l’apothéose de l’anticlérical DRON » :

« [...] laissons ces gogos en compagnie de M. JOURDAIN chanter les louanges de M. DRON ce grand philanthrope ! [...] ».

Le 8 octobre est la journée de l’exposition où les attractions sont gratuites pour les élèves des écoles publiques. Journée de faveur pour les enfants décidée par DRON, mais qui, par esprit de conciliation, accepte la demande de JOURDAIN d’offrir le même avantage aux enfants des écoles catholiques. Mais au dernier moment, le Comité des Écoles Libres refuse la nécessaire participation aux frais qu’implique cette faveur, déjà en grande partie couverts par la Caisse des Écoles Publiques. Cette fois, les intransigeants perdent l’opinion publique, et même le modéré “Journal de Roubaix” s’en prend à ceux qui ont refusé cette main tendue :

« Le Comité a commis l’une des ses erreurs [...] qui ont fait tant de mal à Tourcoing et ailleurs, mais à Tourcoing surtout depuis trente ans. [...] Il fallait accepter pour le principe [...] et voilà en quoi on s’est trompé en certains milieux en montrant dès le premier jour une hostilité de part-pris contre l’exposition. ».

Mais cela n’arrête pas le “Courrier de Tourcoing”, qui pavoise sans gloire après la fermeture de l’exposition le 14 octobre :

« [...] l’exposition est bien morte, et nous en sommes heureux pour les petits commerçants de Tourcoing. »
.

Le clergé tourquennois non seulement lutte à contre-courant, mais en plus donne à ses adversaires toutes les armes dont ils vont se servir contre lui. C’est en repoussant tout conciliation que sa position sera de plus en plus indéfendable aux yeux de l’opinion publique, déjà en voie de déchristianisation.


[1Actes du Congrès, op. cit., pp. 130-145.

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Dans ce chapitre :


gustave DRON

Mémoire de Maîtrise en histoire contemporaine politique
de l’Université de Lille 3.
Octobre 1988

auteur

Bruno SIMON

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